Ce qui était confortable, avec les trêves, c'est qu'elles permettaient à toutes sortes d'activités de reprendre leur cheminement normal. Et si d'aucuns s'émerveillaient d'enfin pouvoir repartir à la glandée sans craindre de voir débouler une armée de routiers bretons, d'autres se réjouissaient de pouvoir aller briser des lances émoussées loin des charniers que devenaient les champs de bataille. Guillaume de Jeneffe était de ceux-là, lui qui semblait refuser de voir en son âge pourtant déjà plus que respectable un obstacle aux jeux de la chevalerie. Négation de la réalité ? Témérité excessive ? Débilité profonde ? Nul ne le saurait vraiment dire avec certitude, même si cela n'allait certainement pas sans susciter des commentaires plus ou moins désobligeants à son endroit.
Il ne s'en souciait guère, au fond. Et comme pour le mieux illustrer, il avait lui-même appelé un écuyer, qui se révéla être une écuyère, au sein même de la prestigieuse commanderie de Ryes. En petite troupe étaient-ils tous deux descendus vers les montagneuses contrées du sud, certains de pouvoir arriver en temps et en heure dans la baronnie de Serves. Mais comme tout ne va jamais comme il est prévu, ce fut avec quelques heures de retard – soit bien moins que celui dont se rend coupable un narrateur bien contrit – que les Licorneux débarquèrent dans un fief tenu par un seigneur angevin. Ironie du destin, quand tu nous tiens.
Et après des évènements d'un intérêt tel qu'ils ne seront pas décrits ici, quelques tentes furent dressées afin d'accueillir le vicomte et sa suite. Aussi, au petit matin, fut-il temps pour le Flamand de faire appeler la Limousine qui s'était proposée de lui fournir son secours au cours de ces joutes.